L’HERMIONE

Les fortunes de mer ont toujours alimenté les fantasmes des rêveurs ou des aventuriers. Aux travers ces pages, j’espère vous faire découvrir les naufrages ou aventures des plus célèbres embarcations ayant naviguer sur les océans ou mers du monde.
Au cours de vos vacances sur la côte, vous avez peut-être été amené à voir des vieux gréements. Vieux navires rattrapés par des passionnés ou reconstruits entièrement à l’identique. Le dernier grand chantier à avoir mis à terme cette prouesse est le chantier de Rochefort-en-Mer (17) avec « La Frégate de la Liberté ».
A l’origine de cette réplique « l’Hermione ».

L’Hermione est construite entre 1778 et 1779 dans l’arsenal Royal de Rochefort-en-Mer. Mise en chantier en décembre 1778, ce n’est que 6 mois plus tard qu’elle est mise à flot. Suivent le matage puis l’armement de la frégate qui s’achève en mai 1779.

Il s’agit d’une Frégate de 12[1] à gréement de trois-mâts carré. A la lecture du rôle[2], elle comptait un équipage de 303 membres et pouvaient embarquer 14 passagers.

Elle est le « sister-ship »[3] de la Concorde.

Engagé par Louis XV, le renforcement de la marine royale est poursuivi par Louis XVI, l’arsenal de Rochefort est en pleine effervescence, non pas liée à la naissance de l’Hermione, mais en raison du nombre de frégates qui est en chantier simultanément.

Monsieur Louis-René-Madeleine de la Touche comte de Tréville, lieutenant de vaisseau est nommé commandant de la frégate. Il est issu d’une famille d’aristocrates,  marin de père en fils, il finira vice-amiral et commandant en chef de la marine de Napoléon.

[1]Accident survenant à un navire

[2]En référence au calibre de ses canons qui étaient au nombre de 26

[3]Rôle d’équipage – titre de navigation obligatoire  pour un navire sur lequel est inscrite toute personne embarquée

[4]Construit à l’identique. Très répandu dans la construction naval, les navires sont construits en double (Titanic/Olympic – Bismarck/Tirpitz…..)

 

Après des essaie concluants dans le Golf de Gascogne, l’Hermione entame une campagne au large des côtes Françaises et Espagnoles couverte de succès par la prise de 3 corsaires Anglais et 3 navires marchands. Ayant rejoint la flotte royale, elle participe à diverses campagnes maritimes.

A cette époque, les navires devaient régulièrement passer en carénage, la coque se couvrait rapidement d’algues et de mollusques. La perte de vitesse était importante. Les ingénieurs maritimes testent avec succès le doublage en cuivre, qui limite l’adhérence des algues. Ainsi fin 1779 l’Hermione reçoit son doublage de cuivre constitué d’environ 1.100 feuilles d’alliage. Le bénéfice de cet équipement limiterait également l’attaque des tarets[5], enfin celui-ci améliore la vitesse de la frégate.

Elle poursuit ses missions sur les côtes Françaises, effectue des escortes de flottes marchandes avec la frégate « la Galathée ».

 

En mars 1780, elle est désigné pour LA MISSION qui lui donnera ses lettres de noblesse. A Port-des-Barques (17), port à l’estuaire de la Charente, Monsieur le marquis de Lafayette embarque en compagnie de deux officiers et de sa suite.

Il sera fait escale en rade de la Rochelle pour embarquer les derniers passagers attendus par Monsieur le Marquis. Ensuite, cap est mis à l’ouest.

Un mois est nécessaire pour effectuer la traversé de l’Atlantique Nord. La frégate arrive en port de Boston fin avril 1780. Monsieur le Marquis de Lafayette y débarque et rencontre le Général Washington a qui il annonce l’envoi de renforts Français de la part du Roi Louis pour l’aider dans la guerre d’indépendance contre la couronne Anglaise.

Mise à la disposition de l’état du Massachusetts, la frégate effectue des patrouilles dans les eaux de l’état afin de sécuriser le cabotage des navires marchands américains contre la flotte Anglaise et ses corsaires.

En juin 1780, l’Hermione accroche la frégate Anglaise l’Iris. Après un âpre combat, chaque commandant revendique la victoire. Au cours du combat, le commandant et son second sont blessés, l’Hermione à subit d’important dégâts. Elle se réfugie à Newport où les travaux de réparations seront réalisés et les blessés soignés.

Cette escale voie se jouer un épisode tragique. L’aide de camp de Monsieur le marquis, le chevalier de Fayolle est envoyé à bord pour porter un message au commandant. Alors qu’il est à bord d’un canot, abordant l’arrière de la frégate par le bâbord, un mouvement de mer fait qu’il est violemment heurté à la tête par la bouteille[6] bâbord, il meurt de ses blessures.

[5]Mollusque marin qui s’attaque au bois immergé

[6]Sur les anciens navires à voiles, on appelait les « bouteilles » deux petits compartiments, un de chaque côté du tableau arrière, servant de toilettes aux  officiers du bord.

 

En juillet 1780, l’Hermione est rejointe par la flotte royale Française et le corps expéditionnaire. Les troupes à terres sont sous le commandement de Monsieur le Comte de Rochambeau. Il effectué la traversé sur la frégate l’Amazone qui est sous les ordres de Monsieur de La Pérouse.

L’Hermione participe à plusieurs missions sur les côtes Américaines.

En septembre 1781 s’engage une bataille décisive pour l’avenir des Américains. Une bataille ! Deux exactement, une sur terre la second sur mer.

La flotte royale Française est sous les ordres de Monsieur de Grasse. Le 5 septembre 1781, se déroule la bataille de Chesapeake du nom de la baie. Il remporte la bataille sur l’escadre Anglaise sous les ordres de Sir Thomas Graves.

Cette victoire permet aux troupes franco-américaines d’assiéger les troupes Anglaises de Lord Cornwallis dans Yorktown. Celui-ci finira par leur reddition le 19 octobre 1781. L’issue de la  guerre d’indépendance bascule en faveur des insurgés.

A l’issue, l’Hermione regagne la rade de l’Ile d’Aix, qu’elle gagne en empruntant le Pertuis[7] d’Antioche.

En 1782, Monsieur François du Pérou est nommé commandant de l’Hermione qui est affecté à une flottille qui appareil pour l’Océan Indien et l’Inde où la France dispose du comptoir de Pondichéry. Cette flottille doit renforcer l’escadre de Monsieur le Bailli[8] de Suffren.

La flottille rejoint l’escadre en juillet 1783, quelques jours  après sa victoire sur l’Anglais à la bataille de Gondelour.

L’Hermione regagne à nouveau son port d’attache.

A ce moment là, la flotte Anglaise ne règne plus en maître sur l’ensemble des mers du globe. La flotte royale tient une part importante des routes maritimes. Cette position va être mise à mal avec la révolution Française.

En effet, nombre de commandant de navire ayant une connaissance de la navigation et une maîtrise du combat naval sont des aristocrates, pour ne pas dire tous. Les révolutionnaires vont faire arrêter un grand nombre de ces officiers de marine qui seront exécutés en place publique.

Abandonné un temps, l’Hermione est placée sous le commandement du Capitaine de Vaisseau Pierre Martin et navigue entre Brest et la frontière Espagnole, assignée à la protection de navires de commerces ou de la côte.

En juin 1793 elle est postée dans l’embouchure de la Loire afin de protéger le port de commerce de Nantes.

Le 20 septembre 1793, l’Hermione appareille afin de rallier Brest en escortant un convoi de bateaux de commerces.

Le commandant Martin doit rejoindre au plus vite le reste du convoi à Quiberon. Il demande au pilote de couper au plus court et d’emprunter le chenal entre le plateau du four et la pointe du Croisic.

[7]Pertuis – passage de mer entre deux terres – Au nord de l’île de Ré, c’est le pertuis Breton – Entre les deux îles, c’est le Pertuis d’Antioche – Au   

                        Sud de l’île d’Oléron, c’est le Pertuis de Maumusson.

[8]Bailli – Titre d’officiers royaux exerçant par délégation du roi les pouvoirs de justice et militaire sur une province du royaume.

A 18 heures 30, alors que la mer est belle, que le vent est modéré, le pilote échoue la frégate sur le plateau du four à mi-marée descendante. Une voie d’eau est déclarée, le bateau prend la gîte se remplissant d’eau, il fini par se coucher complètement sur tribord.

Par la suite l’artillerie et une grande partie de son équipement (armement) seront récupérés et le navire abandonné à son sort.

Découverte par des passionnés, l’épave de l’Hermione, fait l’objet d’une campagne de fouille en 2005. Divers mobiliers seront remontés dont des canons et une des deux ancres de la Frégate.

 

Campagne de fouille en 2005

Ils seront traitées contre la corrosion dans les laboratoires Nantais ARC’ANTIQUE.

Avant cette campagne, il était possible de plonger sur le site du naufrage identifiable par la présence des canons et de l’ancre. Le bonheur était de trouver une des feuilles de cuivre qui formaient son doublage.

Si vous le souhaitez, vous pouvez visiter sa copie lors d’une de ses escales, mais aussi naviguer pour un séjour de quelques jours en vous inscrivant sur le site de la frégate. Son port d’attache est le port qui l’a vu naître, Rochefort. Elle hiverne régulièrement dans la forme radoub[9], à proximité de la corderie Royale.

[9]Forme où le navire est mis à sec pour des travaux de carénage – il est mis en carène

Hermione :

Dans la mythologie Grecque, Hermione est la fille de Ménélas et d’Hélène, elle même fille d’Océan. Ce qui fait d’Hermione la petite fille d’Océan.